Notre collègue et ami Patrice C. a terminé son premier PBP !

Sous les conseils et incitations de notre regretté ami Loulou (allez voir par ici...) , il s’est en effet astreint à une préparation  sérieuse, avec l’exécution de tous les brevets (200, 300, 400, et 600 kms) obligatoires pour valider l’inscription à cette randonnée « Hors Norme » et internationale …

Nous avons suivi Patrice, tout au long de sa chevauchée, sur le site de l’organisation : http://www.paris-brest-paris.org/

Départ à 19 h, dimanche 16 août, depuis le Vélodrome National de St Quentin en Yvelines.

Passage à Carhaix à 20 h, lundi 17 août, après 525 kms à + de 20 km/h de moyenne.

Arrivée à St Quentin à 20 h, mercredi 19 août, après 1230 kms parcourus !

patrice

Son compte-rendu détaillé … ! Merci Patrice.

PARIS-BREST-PARIS 2015
Voila quatre ans que j’ai eu une révélation. C’était au repas de fin d’année du club après la cyclo de Plouay 2011. Ce soir là, notre ami Loulou me raconte avec passion son périple de 72 heures. Cela m’est apparu évident. C’est ce que je veux faire.
Trois ans de réflexion et un an de préparation plus tard, j’arrive sur l’aire des campings-car, à proximité du vélodrome de Saint-Quentin en Yvelines. Cet après, midi contrôle des vélos, retrait des dossiers et demain, ce sera la grand départ. Plongé dans cette ambiance, le premier mot qui vient à l’esprit : c’est cosmopolite. En effet les français sont minoritaires et les cinq continents sont représentés. Les plus nombreux semble être les Allemands, Italiens, britanniques, Américains et Japonais.
Où que l’on soit en ville ou sur le site, les vélos sont partout et il y en a pour tous les goûts. Cadre carbone, titane, chromoly avec ou sans moyeux dynamo, des accessoires divers et variés, des dérailleurs électriques, des single speed et même des pignons fixes (les fous !). Et puis il y a les vélos spéciaux. Cela va du génial au saugrenu.
-Les vélos couchés. Confortable polyvalent et endurant quoiqu’un peu lent dans les côtes.
-Les tricycles couchés carénés. Des fusées sur le plat et en descente mais 25 kg à trainer dans les côtes.
-Les Tricycles simple ou tandem. Imaginez votre vélo avec deux roues séparées de 50 cm à l’arrière. Mais à quoi ca sert ?
-Les trottinettes à propulsion. Il s’agit de trottinettes avec des roues de 20 pouces et mue par un mécanisme de vélo elliptique à dérailleur. 1230 km en danseuse !!! Au moins, ils n’auront pas mal au Q.
C’est le jour J. La nuit a été bonne car les bruyants voisins Italiens n’ont pas veillé tard. Mon départ étant à 19h (beaucoup trop tard mais bon tant pis), je passe la journée à me reposer et à peaufiner ma monture. Nous partirons par vagues de 300 coureurs toutes les 15 minutes de 16h à 20h. Mon objectif : me laisser porter par un groupe rapide sans jamais sortir de ma zone de confort.
1) SAINT-QUENTIN EN YVELINES / MORTAGNE AU PERCHE
19H00 : C’est le départ –vitesse régulée par des motards sur route fermée pendant 12 km de ville. Le public est partout dans cette banlieue défavorisée. Nous sommes applaudis, encouragés, des enfants nous tendent la main. Ce soutien nous l’aurons tout au long de notre « promenade », de jour comme de nuit.
Voila les motos accélèrent et nous lâchent dans la nature. La vitesse augmente mais le groupe ne s’organise pas. Il sera difficile de se faire aider ou de s’organiser pendant cette première nuit (dommage pour la moyenne). Après seulement 1h de rando nous revenons sur les plus lents de la vague précédente et une fois la nuit tombée c’est une longue guirlande de lanternes rouges qui s’étire jusqu’à l’horizon. C’est magique- une communion cyclotouristique.
La première pause à lieu à Mortagne au Perche km140. Il n’y a pas de contrôle, mais c’est l’occasion de mettre la tenue nuit et de manger.
2) MORTAGNE AU PERCHE / VILLAINES-LA-JUHEL
Ce tronçon, plutôt rapide au début se corse sérieusement avec la traversée des Alpes mancelles. Des côtes de plusieurs km entre 3 et 7% qui usent par leur caractère répétitif. J’arrive à Villaines-La-Juhel km220, à l’entrée de la Mayenne avec un niveau de fatigue certain. Premier contrôle, ravitaillement rapide car le site de pointage est surpeuplé.
3) VILLAINES-LA-JUHEL / FOUGÈRES
C’est là que j’ai du revoir mes ambitions à la baisse. En effet, il s’agit du tronçon qui m’a semblé le plus vallonné du périple. Avec les efforts déjà consentis, il est temps d’entrer en mode gestion de père de famille. Le jour se lève et nous arrivons à Fougères km310. Là, contrôle, petit déj, étirements et en selle.
4) FOUGÈRES / TINTÉNIAC
Cette portion n’est pas très difficile, mais les heures ont étiré la longue guirlande de cette nuit et il devient plus délicat de rouler dans un groupe à sa main. La météo est clémente et il commence à faire chaud. Arrivée à Tinténiac km363 pointage et ravito.
5) TINTENIAC / LOUDÉAC
10 km après Tinténiac, nous montons à Bécherel et son émetteur TV-environ 4 km d’ascension entre 5 et 10%. Tout à gauche. Ca fait mal. Pour me requinquer, je m’arrête au ravito de Quédillac km390, mais la nourriture ne passe pas, j’ai presque la nausée. Je reprends la route à un train nettement moins conquérant avec l’objectif de faire une pause longue à Loudéac km448.
Une fois passé au pointage, je rencontre Alain M.    et Hervé du club cyclo de Plescop (avec qui je roule le mardi). Je passe quelques minutes avec eux avant de rejoindre ma famille qui m’attend au camping. Là, douche, massage, sieste de 20-30 minutes et repas nouilles jambon compote (comme à l’hôpital). J’ai toujours la nausée, mais il faut repartir…
6) LOUDÉAC / SAINT NICOLAS DU PELEM
Ce tronçon est objectivement le plus difficile. Nous sommes tout près de Guerlédan. Heureusement mon ventre va mieux et le mental suit. Je suis dans un groupe qui me convient, bosses au train, récupération dans les descentes et bonne allure sur le plat (il y en a peu). Tout à coup, nous croisons une fusée en danseuse. Il porte une plaque A— signe qu’il est parti avec la première vague. Nous sommes au km470 et lui au km760, alors qu’il est parti 3 heures avant moi !!! Respect, il terminera en 42 h.
Le ravito de Saint Nicolas Du Pélem km493 se transforme en contrôle surprise. Là, pointage et collation.
7) SAINT NICOLAS DU PELEM / CARHAIX
Tronçon court et facile. Je me retrouve dans la roue de 3 cyclos d’Europe de l’est. Derrière eux, va s’agglutiner une dizaine de personnes jusqu’à Carhaix km526 à très bonne allure. Là, pause courte, pointage et collation.
8) CARHAIX /BREST
En quittant Carhaix, je croise Bertrand et Loïc (collègues du brevet 600 km) des cyclos de Saint Avé qui rentrent de Brest et au rond point suivant les 3 cyclos Est Européens apparaissent devant moi- et s’est à nouveau dans un groupe d’une dizaine de personnes que je me lance à l’attaque des Monts D’Arrée. Ces pentes à moins de 5% sont à mon goût et c’est avec la nuit que nous arrivons au point culminant de Bretagne : Le roc Trévézel. Juste le temps de remonter les manchettes et nous basculons dans une très longue descente. Le spectacle est magique. Ce sont maintenant deux guirlandes de lanternes qui se croisent. Cette longue descente donne froid et lorsque à une bifurcation au milieu de nulle part, une voix provenant d’un barnum crie « crêpes, café » je décide immédiatement de faire une halte et à ma grande joie, tout le groupe en fait de même. Je crois que c’est la meilleure crêpe beurre-sucre que j’ai mangé de ma vie. Le temps d’enfiler les jambières et une veste et nous voila reparti pour Brest à très bon train. Une dernière longue côte à Plougastel-Daoulas et nous voila sur le vieux pont qui enjambe l’Élorn et nous conduit de l’autre côté de la rade. Les lumières de la ville réchauffent le cœur. Encore une côte dans un « Brest même » désert et nous arrivons au pointage km614. Nouvelle pause longue : toilette, repas chaud, sieste de 50 minutes sur un carton (pas de lit dispo), petit déj et départ.
9) BREST / CARHAIX
Il fait froid et humide ; Tout va bien jusqu’à Landerneau, mais je suis seul (je resterai seul jusqu’à Carhaix) et la montée vers Roc Trévézel me semble interminable dans l’épais brouillard qui m’entoure. Puis le jour se lève, mais pas la visibilité. C’est épuisé que j’arrive à Carhaix km700. Mon gros point faible c’est l’intolérance à la privation de sommeil. Au contrôle repas de pâtes et sieste de 40 minutes par terre dans un coin du self (pas de lit dispo).
10) CARHAIX/ SAINT NICOLAS DU PELEM
Au réveil, je suis frigorifié dans mes vêtements mouillés. Je reprends la route très couvert dans un brouillard qui semble maintenant vouloir se dissiper. Après 10 km de route déviée à Maël-Carhaix pour second contrôle surprise. C’est l’occasion de me mettre en tenue courte, car le brouillard a maintenant disparu et c’est en petit groupe que nous rejoignons Sain Nicolas Du Pélem km735 pour un simple ravito.
11) SAINT NICOLAS DU PELEM / LOUDÉAC
Je prends la route sereinement pour ce tronçon difficile. Pas question de forcer. La tête et les jambes vont bien, il fait chaud et nous sommes 4 cyclos à nous entraider jusqu’à Loudéac km780. Ma femme et mes enfants m’y accueillent. C’est bon pour le moral. Pointage, massage, 30 à 40 minutes de sieste, ravitaillement et il est l’heure de repartir.
12) LOUDÉAC / TINTÉNIAC
Avec la fatigue, ce tronçon, pourtant pas très difficile va sérieusement entamer mon mental. Je vais devoir faire une pause sur la pelouse d’une église pour dormir 20 minutes à mi chemin et je décide de faire une pause très longue à Tinténiac km865. Contrôle, maxi repas, douche et dodo pour 3 heures. Mais après 45 minutes de sommeil, je me demande ce que je fais dans ce lit et je reprends la route.
13) TINTÉNIAC / FOUGÈRES
Une fois de plus, le sommeil, même court a été salvateur. Le mental est revenu et les jambes vont bien. Seules mes fesses me font souffrir, m’obligeant à alterner les positions assises et danseuse. J’effectue ce tronçon à bonne allure avec un français et deux russes. Km après km notre groupe s’étoffe et c’est à 15 que nous arrivons à Fougères km919 pour un pointage et un repas léger. J’enfile ma tenue de nuit et je repars.
14) FOUGÈRES / VILLAINES-LA-JUHEL
Dès la sortie du contrôle, je fais la connaissance d’un groupe de 4 personnes ; 2 trentenaires, un parisien de 65 ans et un gars de Locminé qui fait son 6ème ou 7ème PBP. L’allure est soutenue et l’ambiance est bonne malgré la difficulté du tronçon. Mais une nouvelle fois, les heures passant, le besoin de sommeil devient impérieux et je décide de m’arrêter dormir sur l’herbe devant une église dans un petit village. Dodo de 40 à 50 minutes puis reprise de la route en grelottant, mais pas longtemps (merci au dénivelé), pour rejoindre seul Villaines la Juhel km1008 où je pointerai, mangerai et dormirai 50 minutes par terre.
15) VILLAINES-LA-JUHEL / MORTAGNE AU PERCHE
Il fait toujours nuit et seules mes jambes semblent encore bien fonctionner. Le mental est au plus bas. J’ai mal aux fesses et mes mains commencent à être sérieusement engourdies (il m’avait fallu 2 mois pour les récupérer complètement après le 600). Fort heureusement pour le retour, nous évitons les Alpes Mancelles. Le soleil se lève et je ne rêve que de dormir. Ici, il est difficile de trouver un carré de pelouse en sécurité car nous ne traversons pas beaucoup de village. Avec l’aide d’un petit groupe, je poursuis l’effort jusqu’à Mamers où une amicale cyclo a installé un barnum. Au programme soupe, café, collation et des lits de camps dans un grand local chauffé. Après 50 minutes de sieste et une soupe chaude, je repars, remotivé pour Mortagne au Perche km1090 pour un pointage et un bon repas.
16) MORTAGNE AU PERCHE / DREUX
Seul, je reprends la route pour du copieux. Deux très longues côtes (5km à 5% chacune) vont me faire découvrir qu’en dehors des fesses et des mains, le 3ème point d’appui, ce sont les pieds. Cela commence par une sensation de chaussures trop serrées, mais ce n’est pas cela. Il s’agit d’une vraie douleur de compression qui paralyse progressivement les orteils (comme pour les mains). Cela devient vite insupportable. Ma vitesse est modérée, lorsque je suis rejoins par un groupe de Landerneau avec qui j’étais au contrôle des vélos. Nous arrivons dans la Beauce, le vent est favorable et nous menons bon train dans ce paysage de champs moissonnés à perte de vue. Tout à coup une violente douleur au tendon d’Achille apparaît. L’allure devient difficile à suivre et quelques minutes plus tard c’est mon 2ème tendon d’Achille qui se réveille. Je suis contraint de beaucoup ralentir. Les fortes douleurs m’interdisent de me mettre en danseuse et du même coup de me soulager les fesses. Au milieu de nulle par et sans assistance, je me traîne jusqu’à Dreux km1166 sur une route au profil heureusement favorable. Le pointage réalisé, je me rends à l’infirmerie. Là, d’autres participants présentent le même problème que moi. Il n’y a plus de poche de glace, pas de médoc et pas de strap. Je prends un bon repas et je gamberge. Si ma femme était là, j’abandonnerai mais en l’occurrence, il n’y a pas d’assistance, ni de rapatriement. Je repars « te plaint pas et pédale, le vélo, c’est pas un sport de fainéant »me dis-je. Je finirai à pied s’il le faut, j’ai le temps.
17) DREUX / SAINT-QUENTIN EN YVELINES
Dès le premier coup de pédales, la douleur aux tendons d’Achille est intense et c’est tout à gauche 36×25 que je progresse sur le plat. À la sortie de Dreux dans une descente sinueuse, un vélo cassé et quelques mètres plus loin un cycliste inconscient à plat ventre et des pompiers qui s’affèrent. Ça fait froid dans le dos. Il faut rester lucide.
Je vais devoir m’arrêter régulièrement et marcher pour soulager mes fesses et stopper ces terribles douleurs. Curieusement les km passants, je vais réussir à franchir les côtes à 8/10% de la forêt de Rambouillet. Maintenant, c’est mon genou qui me handicape le plus. Non pas que les autres douleurs aient diminuées, c’est juste que celle-ci est pire. Je viens de franchir la pancarte 10 km, je suis à pied dans un long faux plat qui me conduit à la pancarte Trappes et ses barres d’immeubles. Un vieil homme près de moi m’applaudit, m’encourage et me dit qu’ « après cette côte c’est tout plat ».
Je remonte une dernière fois sur mon vélo. Il commence à pleuvoir et le tonnerre gronde. Je me laisse porter par une douce euphorie qui me conduira jusqu’au vélodrome km1230 où une centaine de personnes applaudissent et félicitent les finishers.
Ça y est . Je l’ai fait ! Les chronos espérés sont bien loin (- 65 heures) mais je suis content de l’avoir fait en 73 heures. Je vais rendre ma carte de pointage et prends le très médiocre repas offert dans le vélodrome avant de rejoindre mon fourgon pour une bonne nuit de sommeil.
ÉPILOGUE
Ce périple, je n’aurai jamais pu le réaliser seul ; Je tiens donc à remercier tous les copains de l’amicale qui m’ont soutenu de quelques manières que ce soient ; Mes collègues de travail adeptes de sport longue distance ; Ma famille et tout particulièrement Sandra, ma femme, qui a fait beaucoup de sacrifice sur notre vie familiale pour que je réalise mes entraînements. Enfin j’ai une pensée émue pour Loulou avec qui j’ai fait ma 1ère sortie en vélo de route. Il m’a mis le pied à l’étrier, m’a donné le goût de l’effort et la volonté de me dépasser. J’ai passé mon 1er brevet avec lui. Il m’a encouragé et conseillé après chacun de mes brevets qualificatifs. Il était mon principal soutien pendant les moments de défaillances de ce Paris Brest Paris.
Au final, jamais mes muscles n’auront fait défaut. Le manque de sommeil et les douleurs tendineuses auront été mes « talons d’Achille ». Les 200 derniers km n’auront été que gestion de la douleur.
Le Paris Brest Paris, il vaut mieux l’avoir fait qu’avoir à le faire.

Chapeau bas & B R A V O  Patrice.

bravo

Quelques commentaires ci-dessous :

Bonjour à tousJe tenais à te féliciter Patrice pour ta 1ère participation au Paris-Brest-Paris 1240kms. Sans oublier les brevets qualificatifs,  donc une saison bien remplie (mais pas terminée)J’espère que tu as pris plaisir à participer à cette belle épreuve. Tu as notamment réussi à gérer des moments des joie, de difficultés et de doute. Encore bravo.  Christophe Éthoré

chrisethore

Pour information : Christophe (en photo ci-dessus, avec sa « randonneuse » du côté de Nevers en juillet 2015) sait de quoi il parle, car il en a effectué 4; en 1991 (le plus jeune des participants), puis en 1995, en 2003 et enfin en 2007 (sous la pluie et quasiment sans s’arrêter, d’où son meilleur temps) ! Un sacré rouleur notre copain Christophe !

+ d’informations à lire sur le site  http://www.paris-brest-paris.org/ … vous accédez à l’historique et résultats depuis ….1891 !

L’article écrit par Raymonde paru dans la presse locale est à lire dans le classeur « Multimédias », Rubrique « Presse » ou par le lien direct …ici